Une île quasi-déserte et exilée consacrée à l'art contemporain, l'image de cette fameuse citrouille à pois, voilà ce que m'évoquait la douce sonorité de Naoshima - c'est-à-dire pas grand chose. Et pour être honnête, mon imaginaire avait même transformé la cucurbitacée en champignon géant, sans doute dans un délire psychédélique suite à l'infinité de lumières de Yayoi Kusama. Un matin brumeux, j'embarque à bord d'un ferry pour Naoshima sans vraiment savoir à quoi m'attendre mais j'arrive à bon port. Quelques installations (pas les plus réussies mais très prisées pour les selfies), de jolies et rustiques maisons en bois dont on ressent l'usure et l'histoire - beaucoup de maisons se retrouvent abandonnées, les plus jeunes étant attirés comme des mouches vers la grande toile d'araignée tokyoite, la population de l'île est vieillissante et décroissante - et un bus plus tard, me voici face à un torii, portail shinto marquant la séparation entre le monde physique et le monde spirituel, prenant racine dans le sable avec vue sur la mer intérieure de Seto.



Le ciel est gris, la lumière est douce, les tons oscillent entre le gris et l'or, la mer est calme, les discrets visiteurs se comptent sur les doigts de deux mains, l'atmosphère est sereine. Le gros légume jaune parsemé de pois au loin, nous attire comme des aimants et on a tous un peu la même fascination mêlée de respect, on le mitraille de photos mais dans un silence presque religieux, la vedette de l'île ne se prend pas le chou, elle est ronde, paisible, solaire, facile d'accès; elle parle à tout le monde. Une fois ces vitamines avalées, tous les autres touristes entament le marathon des musées mais moi j'ai envie de minéraux et me balade sur la plage qui regorge de trésors naturels, entre coquillages à ramasser ou à observer lorsque le mollusque est d'humeur sociable et puis je suis littéralement médusée par la beauté du motif qui se dessine sur la texture gélatineuse de l'animal marin. La découverte continue entre nature et installations d'art en plein air, entre Nikki de Saint Phalle, faune et flore. 



Emerveillée et ressourcée, je me mets à la recherche du premier musée et hôtel de l'île mais je n'aperçois pas le bout de son nez  au milieu de la luxuriante végétation, après quelques détours et une bonne montée, j'arrive enfin à la Benesse House, effacée de loin mais au caractère bien trempé une fois approchée. Il est impossible d'avoir une image entière du bâtiment qui dévoilera ses diverses facettes au fur et à mesure de l'expérience sans jamais se montrer en entier. De la pierre, du verre et puis beaucoup de béton, Tadao Ando n'a pas oublié son matériau fétiche bien qu'on soit entouré de forêt. Un peu surprenant au début et puis on se laisse vite bercer par la tranquillité des lieux, la froideur se transforme en douceur, l'architecture d'un premier abord déstabilisante accompagne  finalement on ne peut mieux les oeuvres d'arts (entre le bleu de Sam Francis ou le rosé de Rei Nato) ... et la nature environnante. 


Souvent l'art nous fait rêver ou bien réfléchir, ici il éveille mes sens, je suis dans le moment présent et pleinement consciente. Quand Tadao Ando parle d'architecture comme "un langage universel, une affaire de géométrie mais aussi de spiritualité. Selon les circonstances, on peut choisir un carré ou un triangle, mais, au fond, le résultat de tout cela doit être un lieu qui parle au coeur des humains" il a tout bon, le papier colle parfaitement à la réalité. Je n'ai jamais vu de musée sublimer autant les oeuvres d'art elles-mêmes, l'architecture, la verdoyante nature environnante, la mer et le ciel. Le célèbre architecte originaire d'Osaka "aime les espaces nus, les plans libres, les volumes simples et [il] travaille beaucoup l'idée de transition. Entre le dedans et le dehors, la nature et le construit, l'individu et le monde. [Ses] architectures sont ouvertes au vent, à la lumière et à l'ombre". L'espace créé nous permet non pas de nous focaliser sur une oeuvre puis une autre, mais à l'inverse de considérer tout ce qui nous entoure, ce qui est crée par l'homme, ce qui est offert par la nature, ce qui est plutôt durable, ce qui varie sans cesse comme la lumière ou bien la forme des nuages dans le ciel. D'ailleurs les rayons de soleil percent tout doucement les nuages pour diffuser une lumière plus chaude. Je ressors de la Benesse House (la partie musée uniquement, je ne pouvais pas m'offrir le luxe d'une nuit dans ce lieu d'exception) (remarque la vue depuis ma tente n'a presque rien à lui envier) encore plus apaisée et... éveillée. Me voilà prête pour aller un peu plus loin dans l'exploration, une plage déserte (bon, d'accord elles l'étaient toutes) m'appelle pour tremper les jambes dans l'eau très fraiche et savourer la douce chaleur du soleil sur ma peau nue. 

Naoshima, entre art, nature et sérénité

mardi 11 août 2015



Une île quasi-déserte et exilée consacrée à l'art contemporain, l'image de cette fameuse citrouille à pois, voilà ce que m'évoquait la douce sonorité de Naoshima - c'est-à-dire pas grand chose. Et pour être honnête, mon imaginaire avait même transformé la cucurbitacée en champignon géant, sans doute dans un délire psychédélique suite à l'infinité de lumières de Yayoi Kusama. Un matin brumeux, j'embarque à bord d'un ferry pour Naoshima sans vraiment savoir à quoi m'attendre mais j'arrive à bon port. Quelques installations (pas les plus réussies mais très prisées pour les selfies), de jolies et rustiques maisons en bois dont on ressent l'usure et l'histoire - beaucoup de maisons se retrouvent abandonnées, les plus jeunes étant attirés comme des mouches vers la grande toile d'araignée tokyoite, la population de l'île est vieillissante et décroissante - et un bus plus tard, me voici face à un torii, portail shinto marquant la séparation entre le monde physique et le monde spirituel, prenant racine dans le sable avec vue sur la mer intérieure de Seto.



Le ciel est gris, la lumière est douce, les tons oscillent entre le gris et l'or, la mer est calme, les discrets visiteurs se comptent sur les doigts de deux mains, l'atmosphère est sereine. Le gros légume jaune parsemé de pois au loin, nous attire comme des aimants et on a tous un peu la même fascination mêlée de respect, on le mitraille de photos mais dans un silence presque religieux, la vedette de l'île ne se prend pas le chou, elle est ronde, paisible, solaire, facile d'accès; elle parle à tout le monde. Une fois ces vitamines avalées, tous les autres touristes entament le marathon des musées mais moi j'ai envie de minéraux et me balade sur la plage qui regorge de trésors naturels, entre coquillages à ramasser ou à observer lorsque le mollusque est d'humeur sociable et puis je suis littéralement médusée par la beauté du motif qui se dessine sur la texture gélatineuse de l'animal marin. La découverte continue entre nature et installations d'art en plein air, entre Nikki de Saint Phalle, faune et flore. 



Emerveillée et ressourcée, je me mets à la recherche du premier musée et hôtel de l'île mais je n'aperçois pas le bout de son nez  au milieu de la luxuriante végétation, après quelques détours et une bonne montée, j'arrive enfin à la Benesse House, effacée de loin mais au caractère bien trempé une fois approchée. Il est impossible d'avoir une image entière du bâtiment qui dévoilera ses diverses facettes au fur et à mesure de l'expérience sans jamais se montrer en entier. De la pierre, du verre et puis beaucoup de béton, Tadao Ando n'a pas oublié son matériau fétiche bien qu'on soit entouré de forêt. Un peu surprenant au début et puis on se laisse vite bercer par la tranquillité des lieux, la froideur se transforme en douceur, l'architecture d'un premier abord déstabilisante accompagne  finalement on ne peut mieux les oeuvres d'arts (entre le bleu de Sam Francis ou le rosé de Rei Nato) ... et la nature environnante. 


Souvent l'art nous fait rêver ou bien réfléchir, ici il éveille mes sens, je suis dans le moment présent et pleinement consciente. Quand Tadao Ando parle d'architecture comme "un langage universel, une affaire de géométrie mais aussi de spiritualité. Selon les circonstances, on peut choisir un carré ou un triangle, mais, au fond, le résultat de tout cela doit être un lieu qui parle au coeur des humains" il a tout bon, le papier colle parfaitement à la réalité. Je n'ai jamais vu de musée sublimer autant les oeuvres d'art elles-mêmes, l'architecture, la verdoyante nature environnante, la mer et le ciel. Le célèbre architecte originaire d'Osaka "aime les espaces nus, les plans libres, les volumes simples et [il] travaille beaucoup l'idée de transition. Entre le dedans et le dehors, la nature et le construit, l'individu et le monde. [Ses] architectures sont ouvertes au vent, à la lumière et à l'ombre". L'espace créé nous permet non pas de nous focaliser sur une oeuvre puis une autre, mais à l'inverse de considérer tout ce qui nous entoure, ce qui est crée par l'homme, ce qui est offert par la nature, ce qui est plutôt durable, ce qui varie sans cesse comme la lumière ou bien la forme des nuages dans le ciel. D'ailleurs les rayons de soleil percent tout doucement les nuages pour diffuser une lumière plus chaude. Je ressors de la Benesse House (la partie musée uniquement, je ne pouvais pas m'offrir le luxe d'une nuit dans ce lieu d'exception) (remarque la vue depuis ma tente n'a presque rien à lui envier) encore plus apaisée et... éveillée. Me voilà prête pour aller un peu plus loin dans l'exploration, une plage déserte (bon, d'accord elles l'étaient toutes) m'appelle pour tremper les jambes dans l'eau très fraiche et savourer la douce chaleur du soleil sur ma peau nue. 


Hiromi Hiromi… Comment raconter, comment commencer… J'ai rencontré tellement de belles personnes durant mon voyage au Japon, via Couchsurfing, dans des temples bouddhistes, au petit resto du coin, dans la forêt, dans les toilettes d'un supermarché... et puis en faisant de l'auto-stop. La fin de mon aventure à Kyushu arrivant, il est temps de mettre le cap vers le Nord direction Honshu mais cette fois-ci du côté de la mer du Japon, région peu densément peuplée, rurale, là où beaucoup de Japonais n'ont jamais été « parce qu'il n'y a rien », oh tiens c'est justement ce qui m'intéresse... découvrir ce qu'est ce rien - d'ailleurs il s'avérera que ce rien est une richesse infinie de beauté naturelle, culturelle, culinaire... et humaine. Me voilà donc sur un parking le pouce en l'air avec une pancarte « Matsue – Izumo taisha » , sans plans, peu d'informations, mais beaucoup de curiosité et l'envie d'explorer de ce côté. Après beaucoup d'attente, de l'indifférence, de la curiosité, quelques mots et beaucoup de sourires, quelqu'un s'approche timidement et me demande si je veux bien aller à Izumo taisha, chez lui, là où il est né, là où il vit ainsi que ses trois cousins installés dans le minibus juste à côté. Etonnés qu'une gaijin fasse de l'auto-stop vers leur ville natale, éloignée de tout, à 444 kilomètres d'ici, ils me proposent de me joindre à eux. Les paysages défilent, les heures passent et Junichi m'invite chez lui, avec sa femme, son père et ses 3 chats. Une fois de plus, j'accepte – je ne dis pas souvent non depuis que je suis au Japon. Il est tard mais Hiromi, l'épouse de Junichi, nous attend sur le pas de la porte pour nous accueillir, on partage un thé devant la télé, les échanges sont timides et il faut bien l'avouer, limités par la barrière de la langue mais le tout dans une ambiance bienveillante. Après une bonne nuit de sommeil, on visite les environs avec Junichi, entre promenade le long des falaises menant au plus grand phare du Japon et sanctuaires shinto dont le grand et célèbre Izumo taisha, lieu de rencontres des divinités. En rentrant, on retrouve Izumi en cuisine, je lui pose plein de questions sur ses astuces culinaires, ses goûts, son enfance; son visage s'illumine d'un sourire beau, timide, sincère. Elle est d'une patience sans limite et d'une bonté extrême. Nous ne parlons pas la même langue mais nous nous comprenons avec quelques basiques de japonais ou d'anglais, parfois avec l'aide d'internet, mais surtout avec les gestes, le regard… et le coeur. La timidité, la réserve laissent place tout doucement à une ouverture du coeur immense, à des pupilles pétillants de joie, à une émotion spéciale, à un lâcher-prise presque total. C'est fou comme ce couple sans enfants m'a émue, je suis tellement reconnaissante de les avoir rencontré, Hiromi et Ichigo, le papa, la tante, les cousins et les chats plus mignons et plus timides ça n'existe pas. Le Japon a été incroyablement hospitalier envers moi, merci pour toutes ces portes ouvertes, pour tous ces coeurs offerts. Je ne trouve pas les mots justes pour décrire cette générosité, cette complicité, ce truc particulier, alors je vous laisse attraper votre tablier et les planches à découper. Ce soir, on mange à la maison, une cuisine simple, traditionnelle et faite avec amour, c'est le kateriori. Hiromi a appris à cuisiner ces plats très jeune avec sa grand-mère qui était une excellente cuisinière, me dit-elle les yeux remplis de fierté et d'une douce mélancolie.



C'est l'heure du dîner ou ban gohan no ji kan comme on dit au Japon. Le caractère chinois 御飯 (gohan) signifie bol de riz mais aussi repas, car ces deux là font bien la paire et se donnent rendez-vous 3 fois par jour. L'un ne va pas sans l'autre, on commence donc la préparation tout naturellement avec le riz.

Zakkoku mai:

- riz blanc et rond japonais (akitakomachi est une variété réputée à un prix décent)
- zakkoku (mélange de diverses graines et céréales comme le riz rouge, quinoa, millet, sésame, haricots noirs… selon vos envies)

Faire cuire le riz (après l'avoir lavé et massé au moins 3 fois) et le mélange zakkoku selon les indications du paquet dans un donabe, ricecooker ou casserole. Le mélange du riz blanc avec autres graines et céréales constitue un excellent apport en protéines, fibres et autres bons nutriments.



Continuons avec le soja, un des aliments favoris de Hiromi, qui encore une fois, associé avec le riz est le meilleur allié pour faire le plein de protéines végétales. L'okara, pulpe récupérée après fabrication de lait de soja ou de tofu, est l'ingrédient clé pour ce met d'accompagnement qui répond au doucereux nom de unohana.

Unohana:

- un oignon
- une carotte
- deux champignons shiitake
- 1/4 de gingembre (plus ou moins selon la taille et votre goût)
- un petit bol d'okara (pulpe de soja)
- un petit bol de dashi (maison ou acheté sous forme de poudre puis dilué dans de l'eau)

Coupons un oignon, une carotte et un peu de gingembre en petits dés, les champignons shiitake en très fines lamelles. Dans le même ordre, faisons sauter le tout et ajoutons l'okara dans la casserole ainsi qu'un petit bol de bouillon dashi. Laissons le tout mijoter à feu moyen durant 20 à 30 minutes.


Riz, céréales, soja, vient au tour des légumes pour continuer sur une lignée équilibrée.


Hulu to takenoko no takiawase:

- fuki (jeunes pousses de pétasite du Japon… partez à la cueillette dans la forêt)
- pousses de bambou
- katsuoboshi (petits copeaux de bonite séchée, fermentée et fumée)
- dashi

Les pousses de fuki (à cueillir lorsqu'elles sont encore jeunes) ont un goût astringent très prononcé, afin de l'éliminer, on utilise la technique aku-nuki qui consiste à faire bouillir les légumes pendant une minute dans de l'eau salée puis les rincer immédiatement sous l'eau froide afin de conserver leur couleur. Ensuite, mettons à bouillir un peu d'eau avec deux bonnes cuillères à soupe de dashi, ajoutons les pousses de fuki, les pousses de bambou et 2 cuillères à soupe de katsuoboshi. Laissons cuire le tout à feu moyen pendant 15 minutes.


Des céréales, des légumineuses, des légumes, cela suffirait pour un repas sain et complet mais n'oublions pas qu'on se trouve du côté de la mer du Japon, très réputée pour ses poissons.

Karei no nitsuke :

- 2 limandes ou flétans
- anzushu (alcool d'abricot)
- 1/4 de gingembre frais
- sel
- sauce soja

Faisons bouillir un peu d'eau et de gingembre frais coupé en petit morceaux dans une poêle. Ajoutons une bonne cuillère à soupe d'alcool d'abricot. Ajoutons les poissons préalablement coupés en deux ainsi que deux pincées de sel. Ecumons. L'eau diminue, arroser le poisson du bouillon, petit à petit. Faisons un trou au milieu d'un papier absorbant pour recouvrir les poissons. Arrosons les de 3 cuillères à soupe de sauce soja, et laissons cuire à feux doux pendant 10 petites minutes.



Et parce qu'un dîner japonais sans tofu n'existe pas…

Atsuage no miso dare :

- un ou deux « steack » épais de tofu frit (atsuage)
- sauce miso

Faisons sauter le tofu, puis coupons le en 4 dans sa longueur. Assaisonnons d'une sauce miso.

Vous vous rappelez avec Aya, on a appris qu'un vrai repas japonais est toujours constitué de deux bols, un de riz, un autre de bouillon. Ce soir ne fera pas exception, préparons une soupe miso
La recette de base se trouve ici, et vous pouvez remplacer le tofu frit par du tofu soyeux, par exemple.

Bonus

Pour les gourmands, on peut ajouter des edamame et cacahuètes fraiches après les avoir cuits (séparément) dans de l'eau bouillante.

Et voilà c'est prêt, vous savez tout de ces recettes transmises de génération en génération, mettons nous à table en famille, dans la joie et la bonne humeur.


EDIT: J'ai oublié d'expliquer le second mot de ce titre, titre qui m'a été bien difficile à trouver et qui m'est apparu comme une évidence au moment de poster l'article. O mo te na shi, un mot bien difficile à expliquer dans notre société occidentale, tant il est ancré et spécifique à la culture nippone. Il est souvent traduit et réduit (même si tout cela est déjà beaucoup) à l'hospitalité, au divertissement et au service irréprochable, ce qui nous donne la devise de nombreuses marques japonaises. Les serviettes humides et chaudes offertes en début de repas et le thé resservi (gratuitement) avant même que votre bol ne soit vide en sont les parfaits exemples dans le monde de la restauration. Omotenashi, dans toute sa splendeur ou plutôt dans son effacement, est un état d'esprit; accueillir en se donnant pleinement à l'autre, en pensant au confort de l'autre avant le sien, en anticipant toutes les envies de l'autre avant même qu'il n'y pense. Lorsque c'est fait avec sincérité et dans la règle de l'art, l'invité ne ressent pas un effort particulier de la part de son hôte (même si la notion hôte/invité n'existe pas au Japon). Ça peut nous paraître extrême à nous occidentaux mais les Japonais le font pour passer un moment agréable et privilégié avec l'autre. Cet état d'esprit trouve son origine dans le bouddhisme zen et dans la cérémonie du thé, un proverbe bouddhiste bien célèbre "ichigo ichie" (littéralement "une chance, une rencontre") signifie que toute rencontre ne se produit qu'une seule fois et que nous devons donc en profiter pleinement et sincèrement. D'où l'importance, d'être totalement présent avec son convive.

Hiromi & omotenashi

mercredi 5 août 2015


Hiromi Hiromi… Comment raconter, comment commencer… J'ai rencontré tellement de belles personnes durant mon voyage au Japon, via Couchsurfing, dans des temples bouddhistes, au petit resto du coin, dans la forêt, dans les toilettes d'un supermarché... et puis en faisant de l'auto-stop. La fin de mon aventure à Kyushu arrivant, il est temps de mettre le cap vers le Nord direction Honshu mais cette fois-ci du côté de la mer du Japon, région peu densément peuplée, rurale, là où beaucoup de Japonais n'ont jamais été « parce qu'il n'y a rien », oh tiens c'est justement ce qui m'intéresse... découvrir ce qu'est ce rien - d'ailleurs il s'avérera que ce rien est une richesse infinie de beauté naturelle, culturelle, culinaire... et humaine. Me voilà donc sur un parking le pouce en l'air avec une pancarte « Matsue – Izumo taisha » , sans plans, peu d'informations, mais beaucoup de curiosité et l'envie d'explorer de ce côté. Après beaucoup d'attente, de l'indifférence, de la curiosité, quelques mots et beaucoup de sourires, quelqu'un s'approche timidement et me demande si je veux bien aller à Izumo taisha, chez lui, là où il est né, là où il vit ainsi que ses trois cousins installés dans le minibus juste à côté. Etonnés qu'une gaijin fasse de l'auto-stop vers leur ville natale, éloignée de tout, à 444 kilomètres d'ici, ils me proposent de me joindre à eux. Les paysages défilent, les heures passent et Junichi m'invite chez lui, avec sa femme, son père et ses 3 chats. Une fois de plus, j'accepte – je ne dis pas souvent non depuis que je suis au Japon. Il est tard mais Hiromi, l'épouse de Junichi, nous attend sur le pas de la porte pour nous accueillir, on partage un thé devant la télé, les échanges sont timides et il faut bien l'avouer, limités par la barrière de la langue mais le tout dans une ambiance bienveillante. Après une bonne nuit de sommeil, on visite les environs avec Junichi, entre promenade le long des falaises menant au plus grand phare du Japon et sanctuaires shinto dont le grand et célèbre Izumo taisha, lieu de rencontres des divinités. En rentrant, on retrouve Izumi en cuisine, je lui pose plein de questions sur ses astuces culinaires, ses goûts, son enfance; son visage s'illumine d'un sourire beau, timide, sincère. Elle est d'une patience sans limite et d'une bonté extrême. Nous ne parlons pas la même langue mais nous nous comprenons avec quelques basiques de japonais ou d'anglais, parfois avec l'aide d'internet, mais surtout avec les gestes, le regard… et le coeur. La timidité, la réserve laissent place tout doucement à une ouverture du coeur immense, à des pupilles pétillants de joie, à une émotion spéciale, à un lâcher-prise presque total. C'est fou comme ce couple sans enfants m'a émue, je suis tellement reconnaissante de les avoir rencontré, Hiromi et Ichigo, le papa, la tante, les cousins et les chats plus mignons et plus timides ça n'existe pas. Le Japon a été incroyablement hospitalier envers moi, merci pour toutes ces portes ouvertes, pour tous ces coeurs offerts. Je ne trouve pas les mots justes pour décrire cette générosité, cette complicité, ce truc particulier, alors je vous laisse attraper votre tablier et les planches à découper. Ce soir, on mange à la maison, une cuisine simple, traditionnelle et faite avec amour, c'est le kateriori. Hiromi a appris à cuisiner ces plats très jeune avec sa grand-mère qui était une excellente cuisinière, me dit-elle les yeux remplis de fierté et d'une douce mélancolie.



C'est l'heure du dîner ou ban gohan no ji kan comme on dit au Japon. Le caractère chinois 御飯 (gohan) signifie bol de riz mais aussi repas, car ces deux là font bien la paire et se donnent rendez-vous 3 fois par jour. L'un ne va pas sans l'autre, on commence donc la préparation tout naturellement avec le riz.

Zakkoku mai:

- riz blanc et rond japonais (akitakomachi est une variété réputée à un prix décent)
- zakkoku (mélange de diverses graines et céréales comme le riz rouge, quinoa, millet, sésame, haricots noirs… selon vos envies)

Faire cuire le riz (après l'avoir lavé et massé au moins 3 fois) et le mélange zakkoku selon les indications du paquet dans un donabe, ricecooker ou casserole. Le mélange du riz blanc avec autres graines et céréales constitue un excellent apport en protéines, fibres et autres bons nutriments.



Continuons avec le soja, un des aliments favoris de Hiromi, qui encore une fois, associé avec le riz est le meilleur allié pour faire le plein de protéines végétales. L'okara, pulpe récupérée après fabrication de lait de soja ou de tofu, est l'ingrédient clé pour ce met d'accompagnement qui répond au doucereux nom de unohana.

Unohana:

- un oignon
- une carotte
- deux champignons shiitake
- 1/4 de gingembre (plus ou moins selon la taille et votre goût)
- un petit bol d'okara (pulpe de soja)
- un petit bol de dashi (maison ou acheté sous forme de poudre puis dilué dans de l'eau)

Coupons un oignon, une carotte et un peu de gingembre en petits dés, les champignons shiitake en très fines lamelles. Dans le même ordre, faisons sauter le tout et ajoutons l'okara dans la casserole ainsi qu'un petit bol de bouillon dashi. Laissons le tout mijoter à feu moyen durant 20 à 30 minutes.


Riz, céréales, soja, vient au tour des légumes pour continuer sur une lignée équilibrée.


Hulu to takenoko no takiawase:

- fuki (jeunes pousses de pétasite du Japon… partez à la cueillette dans la forêt)
- pousses de bambou
- katsuoboshi (petits copeaux de bonite séchée, fermentée et fumée)
- dashi

Les pousses de fuki (à cueillir lorsqu'elles sont encore jeunes) ont un goût astringent très prononcé, afin de l'éliminer, on utilise la technique aku-nuki qui consiste à faire bouillir les légumes pendant une minute dans de l'eau salée puis les rincer immédiatement sous l'eau froide afin de conserver leur couleur. Ensuite, mettons à bouillir un peu d'eau avec deux bonnes cuillères à soupe de dashi, ajoutons les pousses de fuki, les pousses de bambou et 2 cuillères à soupe de katsuoboshi. Laissons cuire le tout à feu moyen pendant 15 minutes.


Des céréales, des légumineuses, des légumes, cela suffirait pour un repas sain et complet mais n'oublions pas qu'on se trouve du côté de la mer du Japon, très réputée pour ses poissons.

Karei no nitsuke :

- 2 limandes ou flétans
- anzushu (alcool d'abricot)
- 1/4 de gingembre frais
- sel
- sauce soja

Faisons bouillir un peu d'eau et de gingembre frais coupé en petit morceaux dans une poêle. Ajoutons une bonne cuillère à soupe d'alcool d'abricot. Ajoutons les poissons préalablement coupés en deux ainsi que deux pincées de sel. Ecumons. L'eau diminue, arroser le poisson du bouillon, petit à petit. Faisons un trou au milieu d'un papier absorbant pour recouvrir les poissons. Arrosons les de 3 cuillères à soupe de sauce soja, et laissons cuire à feux doux pendant 10 petites minutes.



Et parce qu'un dîner japonais sans tofu n'existe pas…

Atsuage no miso dare :

- un ou deux « steack » épais de tofu frit (atsuage)
- sauce miso

Faisons sauter le tofu, puis coupons le en 4 dans sa longueur. Assaisonnons d'une sauce miso.

Vous vous rappelez avec Aya, on a appris qu'un vrai repas japonais est toujours constitué de deux bols, un de riz, un autre de bouillon. Ce soir ne fera pas exception, préparons une soupe miso
La recette de base se trouve ici, et vous pouvez remplacer le tofu frit par du tofu soyeux, par exemple.

Bonus

Pour les gourmands, on peut ajouter des edamame et cacahuètes fraiches après les avoir cuits (séparément) dans de l'eau bouillante.

Et voilà c'est prêt, vous savez tout de ces recettes transmises de génération en génération, mettons nous à table en famille, dans la joie et la bonne humeur.


EDIT: J'ai oublié d'expliquer le second mot de ce titre, titre qui m'a été bien difficile à trouver et qui m'est apparu comme une évidence au moment de poster l'article. O mo te na shi, un mot bien difficile à expliquer dans notre société occidentale, tant il est ancré et spécifique à la culture nippone. Il est souvent traduit et réduit (même si tout cela est déjà beaucoup) à l'hospitalité, au divertissement et au service irréprochable, ce qui nous donne la devise de nombreuses marques japonaises. Les serviettes humides et chaudes offertes en début de repas et le thé resservi (gratuitement) avant même que votre bol ne soit vide en sont les parfaits exemples dans le monde de la restauration. Omotenashi, dans toute sa splendeur ou plutôt dans son effacement, est un état d'esprit; accueillir en se donnant pleinement à l'autre, en pensant au confort de l'autre avant le sien, en anticipant toutes les envies de l'autre avant même qu'il n'y pense. Lorsque c'est fait avec sincérité et dans la règle de l'art, l'invité ne ressent pas un effort particulier de la part de son hôte (même si la notion hôte/invité n'existe pas au Japon). Ça peut nous paraître extrême à nous occidentaux mais les Japonais le font pour passer un moment agréable et privilégié avec l'autre. Cet état d'esprit trouve son origine dans le bouddhisme zen et dans la cérémonie du thé, un proverbe bouddhiste bien célèbre "ichigo ichie" (littéralement "une chance, une rencontre") signifie que toute rencontre ne se produit qu'une seule fois et que nous devons donc en profiter pleinement et sincèrement. D'où l'importance, d'être totalement présent avec son convive.

Aya, trois lettres qui ensemble résonnent comme un mot doux, au rythme d'un pinceau trempé dans de l'encre de Chine effleurant du papier de soie pour écrire  - twill en kanjiSes parents lui ont donné un prénom mais aussi la trame de sa personnalité. Ils souhaitaient qu'elle rapproche, lie, tisse des liens entre les personnes, à la manière des fils qui se croisent et s'entrecroisent pour former une matière. Une matière douce, délicate, noble. Je vous présente Aya qui m'a gentiment ouvert les portes de sa cuisine après quelques mails échangés et tout ça grâce à Kunihiko, arigatou. Elle a emménagé il y a tout juste deux semaines et aucun carton à l'horizon, à la place des imprimés Marimekko en écho, des couteaux dignes d'un grand chef, de la poterie ontayaki faite main à Hita, la région natale d'Aya. D'ailleurs, elle a grandi avec ses trois soeurs dans la cuisine où leur maman concoctait des mets par milliers, des mochis dont raffolent tous leurs amis . C'est donc tout naturellement que naît une passion pour les bons petits plats maison, le savoir-faire culinaire se transmettant de génération en génération. Avant de quitter Kyushu, pour aller étudier à Kyoto, Aya note soigneusement les recettes familiales dans un cahier rempli de secrets… Et elle va en partager quelques uns avec nous aujourd'hui. Les marmitons précédemment rencontrés cuisinent selon leur instinct, même si vu d'ici on a plutôt une image rigoureuse des techniques japonaises. Aya, elle, est perfectionniste, tout est sous son contrôle à l'aide de petites cuillères au dosage millimétré, de post-it avec les quantités précisées et les choses à ne surtout pas oublier, j'ai trouvé ça tellement mignon. Ses gestes sont lents et précis, ses explications aussi limpides que sa voix, elle manie les aliments et ustensiles avec élégance. Aya a choisi de nous apprendre à concoter des plats fréquemment retrouvés sur les tables des foyers japonais, le tout avec des ingrédients que l'on peut aisément acheter en terre française.


Commençons par le sake no takikomi gohan, qui se traduit littéralement par riz cuit avec d'autres ingrédients, ici avec du saumon. Plus grossièrement, un riz composé. Traditionnellement, on fait cuire le riz, le poisson et les légumes dans un donabe, marmite en terre cuite, tous les ingrédients ensemble du début à la fin pour un subtil mélange des saveurs. Aujourd'hui, la plupart des japonais cuisinent le takikomi gohan (et le riz en général) dans un ricecooker pour le côté très commode de la chose, si vous n'en possédez pas une casserole fera parfaitement l'affaire.

Ingrédients (pour 4 personnes) :

- 400 ml de riz rond japonais (akita komachi par exemple)
- 3 bonnes poignées de champignons shimeji 
- 1 boîte de mais
- 1 pavé de saumon
- 30ml de shoyu (sauce soja japonaise)
- 37ml de mirin
- 37 ml de sake
- 300ml d'eau

Lavons le riz deux fois, tout en pressant le riz, on le masse, on le bichonne pour un grain de riz blanc, rond, heureux et sans amidon. Laissons tremper le riz dans l'eau 10 min ou plus et pendant ce temps préparons la sauce shoyu mirin sake. Retirons l'eau du riz. Ajoutons la sauce, les 300ml d'eau, le mais, les shimeji, et le pavé de saumon, entier. Cuisons le tout pendant 30 minutes et juste avant de servir mélangeons bien le tout. Le riz est coloré et parfumé.

Donc vous aurez compris, on peut ajouter, inter-changer les ingrédients à volonté selon nos envies, les saisons, les restes au frigo, ect. Il est par exemple tout à fait possible de faire une version végétalienne. Les champignons shiitake apportent une touche parfumée, les carottes un peu de croquant. Ce plat équilibré, complet, peut se suffire à lui-même mais Aya ne s'arrête pas là.


Au cours d'un même repas, les japonais aiment varier les modes de cuisson utilisés. Après une cuisson à l'eau, c'est l'heure de faire sauter (yaki) de la viande de porc et du gingembre (shoga). Voici la recette du shoga yaki.

Ingrédients (pour 4 personnes) :

- 200 g de porc en fines tranches (le dos ou l'épaule)
- 1/2 gingembre frais
- 1 oignon
- shoyu
- sake
- mirin
- sucre

Au Japon, le gingembre s'achète frais, on le conserve au réfrigérateur, son arôme est plus délicat que sa version séchée. On le retrouve dans toute bonne épicerie asiatique. Eminçons les tranches de porc. Râpons le gingembre (avec la peau si il est bio) au dessus d'un papier essuie-tout. Arrosons la viande avec le jus de gingembre en pressant les morceaux de gingembre emballés dans le papier. Ajoutons 2/3 d'une cuillère à soupe de sake ainsi qu'1/2 cuillère à soupe de shoyu. Mélangeons le tout et le reserver pendant au moins 30 minutes le temps que les saveurs s'imprègnent. Coupons l'oignon en tranche de 5mm. Mélangeons 2 cuillères à soupe de shoyu, 2 càs de mirin, et 1 càs de sake, 1 càs de sucre, les morceaux de gingembre râpés (après avoir extrait le jus). Faisons sauter l'oignon dans de l'huile puis les réserver. Hop, au tour du porc de passer à la poêle, faire griller de chaque côté, puis ajoutons la sauce, mélangeons, ajoutons les oignons. Le tout à grand feu, puis 3 minutes à feu doux. Préparons une petite salade de crudités à côté pour équilibrer le tout. Laitue, tomate ou choux, tout ce que vous voulez tant que que c'est frais.


Riz, légumes, viande, il ne manque plus que l'incontournable soupe miso.

Ingrédients (pour 4 personnes):

- 2 petits champignons shiitake frais
- 4 pincées de dashi en poudre
- algues wakame
- abura-age, tofu fris en fine tranches (à acheter congelé)
- mugi miso (miso d'orge, très doux) ou miso blanc (plus facile à trouver en France et moins salé que    le miso rouge)
- ciboule

Faisons bouillir de l'eau, ajoutons les fines lamelles de shiitake, le dashi. Ensuite, les algues wakame et le tofu. Après 3 minutes, retirons la casserole du feu pour y ajouter le miso (3 ou 4 cuillères à soupe selon les goûts) puis remettre sur feu doux, quelques minutes. Servons et ajoutons la ciboule finement émincée.

Pour la couleur et la fraicheur, préparons un petite salade composée de poivrons verts émincés, de thon cuit émietté, arrosons de shoyu, et c'est tout !

Dressons les mets concoctés dans de petits plats qui viendront prendre place sur un ôbon, plateau en bois ou en laque. Le traditionnel teishoku est en général composé d'un plat principal, d'un bol de riz, d'une soupe miso, de crudités ou de tsukemono. Au pays nippon, la vue est aussi importante que le goût et la variété en petite quantité est gage d'une bonne santé. A déguster avec un bon genmaicha, thé vert japonais avec des grains de riz grillés.


Aya et son teishoku, une diversité de mets japonais

mercredi 8 juillet 2015


Aya, trois lettres qui ensemble résonnent comme un mot doux, au rythme d'un pinceau trempé dans de l'encre de Chine effleurant du papier de soie pour écrire  - twill en kanjiSes parents lui ont donné un prénom mais aussi la trame de sa personnalité. Ils souhaitaient qu'elle rapproche, lie, tisse des liens entre les personnes, à la manière des fils qui se croisent et s'entrecroisent pour former une matière. Une matière douce, délicate, noble. Je vous présente Aya qui m'a gentiment ouvert les portes de sa cuisine après quelques mails échangés et tout ça grâce à Kunihiko, arigatou. Elle a emménagé il y a tout juste deux semaines et aucun carton à l'horizon, à la place des imprimés Marimekko en écho, des couteaux dignes d'un grand chef, de la poterie ontayaki faite main à Hita, la région natale d'Aya. D'ailleurs, elle a grandi avec ses trois soeurs dans la cuisine où leur maman concoctait des mets par milliers, des mochis dont raffolent tous leurs amis . C'est donc tout naturellement que naît une passion pour les bons petits plats maison, le savoir-faire culinaire se transmettant de génération en génération. Avant de quitter Kyushu, pour aller étudier à Kyoto, Aya note soigneusement les recettes familiales dans un cahier rempli de secrets… Et elle va en partager quelques uns avec nous aujourd'hui. Les marmitons précédemment rencontrés cuisinent selon leur instinct, même si vu d'ici on a plutôt une image rigoureuse des techniques japonaises. Aya, elle, est perfectionniste, tout est sous son contrôle à l'aide de petites cuillères au dosage millimétré, de post-it avec les quantités précisées et les choses à ne surtout pas oublier, j'ai trouvé ça tellement mignon. Ses gestes sont lents et précis, ses explications aussi limpides que sa voix, elle manie les aliments et ustensiles avec élégance. Aya a choisi de nous apprendre à concoter des plats fréquemment retrouvés sur les tables des foyers japonais, le tout avec des ingrédients que l'on peut aisément acheter en terre française.


Commençons par le sake no takikomi gohan, qui se traduit littéralement par riz cuit avec d'autres ingrédients, ici avec du saumon. Plus grossièrement, un riz composé. Traditionnellement, on fait cuire le riz, le poisson et les légumes dans un donabe, marmite en terre cuite, tous les ingrédients ensemble du début à la fin pour un subtil mélange des saveurs. Aujourd'hui, la plupart des japonais cuisinent le takikomi gohan (et le riz en général) dans un ricecooker pour le côté très commode de la chose, si vous n'en possédez pas une casserole fera parfaitement l'affaire.

Ingrédients (pour 4 personnes) :

- 400 ml de riz rond japonais (akita komachi par exemple)
- 3 bonnes poignées de champignons shimeji 
- 1 boîte de mais
- 1 pavé de saumon
- 30ml de shoyu (sauce soja japonaise)
- 37ml de mirin
- 37 ml de sake
- 300ml d'eau

Lavons le riz deux fois, tout en pressant le riz, on le masse, on le bichonne pour un grain de riz blanc, rond, heureux et sans amidon. Laissons tremper le riz dans l'eau 10 min ou plus et pendant ce temps préparons la sauce shoyu mirin sake. Retirons l'eau du riz. Ajoutons la sauce, les 300ml d'eau, le mais, les shimeji, et le pavé de saumon, entier. Cuisons le tout pendant 30 minutes et juste avant de servir mélangeons bien le tout. Le riz est coloré et parfumé.

Donc vous aurez compris, on peut ajouter, inter-changer les ingrédients à volonté selon nos envies, les saisons, les restes au frigo, ect. Il est par exemple tout à fait possible de faire une version végétalienne. Les champignons shiitake apportent une touche parfumée, les carottes un peu de croquant. Ce plat équilibré, complet, peut se suffire à lui-même mais Aya ne s'arrête pas là.


Au cours d'un même repas, les japonais aiment varier les modes de cuisson utilisés. Après une cuisson à l'eau, c'est l'heure de faire sauter (yaki) de la viande de porc et du gingembre (shoga). Voici la recette du shoga yaki.

Ingrédients (pour 4 personnes) :

- 200 g de porc en fines tranches (le dos ou l'épaule)
- 1/2 gingembre frais
- 1 oignon
- shoyu
- sake
- mirin
- sucre

Au Japon, le gingembre s'achète frais, on le conserve au réfrigérateur, son arôme est plus délicat que sa version séchée. On le retrouve dans toute bonne épicerie asiatique. Eminçons les tranches de porc. Râpons le gingembre (avec la peau si il est bio) au dessus d'un papier essuie-tout. Arrosons la viande avec le jus de gingembre en pressant les morceaux de gingembre emballés dans le papier. Ajoutons 2/3 d'une cuillère à soupe de sake ainsi qu'1/2 cuillère à soupe de shoyu. Mélangeons le tout et le reserver pendant au moins 30 minutes le temps que les saveurs s'imprègnent. Coupons l'oignon en tranche de 5mm. Mélangeons 2 cuillères à soupe de shoyu, 2 càs de mirin, et 1 càs de sake, 1 càs de sucre, les morceaux de gingembre râpés (après avoir extrait le jus). Faisons sauter l'oignon dans de l'huile puis les réserver. Hop, au tour du porc de passer à la poêle, faire griller de chaque côté, puis ajoutons la sauce, mélangeons, ajoutons les oignons. Le tout à grand feu, puis 3 minutes à feu doux. Préparons une petite salade de crudités à côté pour équilibrer le tout. Laitue, tomate ou choux, tout ce que vous voulez tant que que c'est frais.


Riz, légumes, viande, il ne manque plus que l'incontournable soupe miso.

Ingrédients (pour 4 personnes):

- 2 petits champignons shiitake frais
- 4 pincées de dashi en poudre
- algues wakame
- abura-age, tofu fris en fine tranches (à acheter congelé)
- mugi miso (miso d'orge, très doux) ou miso blanc (plus facile à trouver en France et moins salé que    le miso rouge)
- ciboule

Faisons bouillir de l'eau, ajoutons les fines lamelles de shiitake, le dashi. Ensuite, les algues wakame et le tofu. Après 3 minutes, retirons la casserole du feu pour y ajouter le miso (3 ou 4 cuillères à soupe selon les goûts) puis remettre sur feu doux, quelques minutes. Servons et ajoutons la ciboule finement émincée.

Pour la couleur et la fraicheur, préparons un petite salade composée de poivrons verts émincés, de thon cuit émietté, arrosons de shoyu, et c'est tout !

Dressons les mets concoctés dans de petits plats qui viendront prendre place sur un ôbon, plateau en bois ou en laque. Le traditionnel teishoku est en général composé d'un plat principal, d'un bol de riz, d'une soupe miso, de crudités ou de tsukemono. Au pays nippon, la vue est aussi importante que le goût et la variété en petite quantité est gage d'une bonne santé. A déguster avec un bon genmaicha, thé vert japonais avec des grains de riz grillés.



19 heures. Kunihiko arrive à la gare de Okayama, la démarche désinvolte et d'une beauté naturelle. Il se distingue avec sa grande et fine silhouette finissant par une masse de cheveux bouclés au milieu de tous ces business man à lunettes et costume trois pièces. Non seulement il est canon mais il fait parti de ces gens qui ont un don pour cultiver la beauté autour d'eux. Son univers est doux et sans aucune faute de mauvais goût ; des petites plantes respirent le bonheur au milieu d'un studio aux tons beiges chaleureusement rehaussé par des matières organiques comme le bois et le cuir, le tout sur un délicat et délicieux fond sonore.


Passons au côté cuisine, Kuni nous propose des spaghettis. A la sauce nippone, bien entendu ! Un plat à son image, d'un premier coup d'oeil occidental mais fondamentalement aux traits et saveurs japonais. Kunihiko n'a rien d'européen, il tient ses bouclettes de son papa, et a expérimenté les pastas lorsqu'il travaillait dans un café italien… au Japon. Un recette savoureuse à la simplicité enfantine, très efficace après une longue journée de travail.



Ingrédients (pour 2 personnes) :

- spaghettis

- un demi brocoli
- shimeji (champignons d'Asie de l'Est)
- saucisses de porc japonaises (probablement introuvables en France mais vous pouvez les remplacer par… des knacks !)
- une gousse d'ail
- un oignon
- dashi (bouillon à base d'algues konbu et de bonite séchée)
- mirin
- sake
- sauce soja
- huile d'olive
- sel
- poivre

Tous les produits japonais se trouvent dans toute épicerie asiatique ou sur internet, sauf précision.

Commencez par faire une bouillir une grande quantité d'eau salée dans une casserole, pour ensuite y faire cuire les spaghettis, vous les sortirez juste avant qu'elles soient al dente. Les pâtes passeront de la casserole à la poêle deux ou trois minutes, donc ne pas les laisser dans le bain bouillant trop longtemps.
Pendant ce temps, coupez l'ail et l'oignon en lamelles. Dans la cuisine asiatique en général, l'oignon se coupe grossièrement en lamelles plutôt qu'en parfait petit cubes.
Lavez les légumes, coupez le brocoli et les saucisses en morceaux.
Faites revenir l'ail dans l'huile d'olive puis ajouter l'oignon.
Vient au tour des saucisses, des champignons shimeji puis du brocoli (à déguster croquant). Ajoutez quelques cuillères de sake, dashi (bouillon en poudre), mirin et sauce soja. Pas de dosage millimétré le secret est de goûter.
Laissez les saveurs se mélanger à feu moyen quelques minutes ensuite ajoutez les spaghettis encore chaudes dans la poêle et faites sauter le tout.
Salez, poivrez et dégustez !

Pasta à la sauce nippone de Kunihiko

vendredi 29 mai 2015


19 heures. Kunihiko arrive à la gare de Okayama, la démarche désinvolte et d'une beauté naturelle. Il se distingue avec sa grande et fine silhouette finissant par une masse de cheveux bouclés au milieu de tous ces business man à lunettes et costume trois pièces. Non seulement il est canon mais il fait parti de ces gens qui ont un don pour cultiver la beauté autour d'eux. Son univers est doux et sans aucune faute de mauvais goût ; des petites plantes respirent le bonheur au milieu d'un studio aux tons beiges chaleureusement rehaussé par des matières organiques comme le bois et le cuir, le tout sur un délicat et délicieux fond sonore.


Passons au côté cuisine, Kuni nous propose des spaghettis. A la sauce nippone, bien entendu ! Un plat à son image, d'un premier coup d'oeil occidental mais fondamentalement aux traits et saveurs japonais. Kunihiko n'a rien d'européen, il tient ses bouclettes de son papa, et a expérimenté les pastas lorsqu'il travaillait dans un café italien… au Japon. Un recette savoureuse à la simplicité enfantine, très efficace après une longue journée de travail.



Ingrédients (pour 2 personnes) :

- spaghettis

- un demi brocoli
- shimeji (champignons d'Asie de l'Est)
- saucisses de porc japonaises (probablement introuvables en France mais vous pouvez les remplacer par… des knacks !)
- une gousse d'ail
- un oignon
- dashi (bouillon à base d'algues konbu et de bonite séchée)
- mirin
- sake
- sauce soja
- huile d'olive
- sel
- poivre

Tous les produits japonais se trouvent dans toute épicerie asiatique ou sur internet, sauf précision.

Commencez par faire une bouillir une grande quantité d'eau salée dans une casserole, pour ensuite y faire cuire les spaghettis, vous les sortirez juste avant qu'elles soient al dente. Les pâtes passeront de la casserole à la poêle deux ou trois minutes, donc ne pas les laisser dans le bain bouillant trop longtemps.
Pendant ce temps, coupez l'ail et l'oignon en lamelles. Dans la cuisine asiatique en général, l'oignon se coupe grossièrement en lamelles plutôt qu'en parfait petit cubes.
Lavez les légumes, coupez le brocoli et les saucisses en morceaux.
Faites revenir l'ail dans l'huile d'olive puis ajouter l'oignon.
Vient au tour des saucisses, des champignons shimeji puis du brocoli (à déguster croquant). Ajoutez quelques cuillères de sake, dashi (bouillon en poudre), mirin et sauce soja. Pas de dosage millimétré le secret est de goûter.
Laissez les saveurs se mélanger à feu moyen quelques minutes ensuite ajoutez les spaghettis encore chaudes dans la poêle et faites sauter le tout.
Salez, poivrez et dégustez !


Yuki est le genre de personne qui vous met tout de suite à l'aise même si vous ne parlez pas la même langue et que vous le connaissez depuis deux minutes. La communication passe davantage par son sourire, sa bonne humeur et son humour. Il est coiffeur styliste à Osaka, ville horizontale et verticale, connu pour en autres ses délicieux okonomiyaki. Un plat chauffant sur plaque que certains français appellent « pizza-galette-omelette ». Les enseignes à néons sont tape à l'oeil, mais nous finissons dans un restaurant petit, discret et populaire. Une grand-mère kawaii mais pas tellement happy nous accueille à sa manière, en râlant un peu mais la bonté se lit dans ses yeux. A vrai dire, les clients sont plus là pour l'ambiance de ce restaurant tenu depuis une éternité par la même famille que pour le contenu de l'assiette.


Voilà que Yuki passe de l'autre côté du comptoir sortant des ingrédients du réfrigérateur, et le voici à prêt à cuisiner… un tonpeiyuki tonpeiyaki, quelque chose entre les yakisoba et les okonomiyaki. La pièce de théâtre peut commencer, il joue le rôle du cuistot à fond manipulant les ustensiles avec précision et se confondant en excuses pour mamie obachan qui le gronde… avec amour. Voici la recette du tonpeiyaki qui ne demandent que quelques minutes et quelques ingrédients.


Ingrédients :

- fine côte de porc
- 2 ou 3 œufs
- sauce okonomi (vous pouvez l'acheter dans une épicerie japonaise ou sur internet)
- poivre


Au Japon, le tonpeiyaki se cuisine sur plaque chauffante, mais vous pouvez très bien le réaliser dans une poêle bien chaude. Commencez par faire griller une fine tranche de côte de porc. Et comme le nom de ce plat l'indique (TON : porc, PEI : plat, YAKI : griller), grillez et aplatissez la côte de porc à l'aide d'une spatule. Laissez la viande et cuire et pendant ce temps battez les œufs en omelette. Recouvrez la côte de porc avec les œufs battus. A retourner quelques fois de chaque côté. Poivrez et recouvrer le tout de la sauce okonomi, qui a un petit goût sucré. Le tonpeiyaki fumant est prêt à déguster avec une bière bien fraiche. Oishii ! Atchii ! C'est bon mais c'est chaud ! Il se fait tard, laissons mamie obachan faire un petit somme devant la télé.

Yuki's tonpeiyaki in Osaka

lundi 18 mai 2015


Yuki est le genre de personne qui vous met tout de suite à l'aise même si vous ne parlez pas la même langue et que vous le connaissez depuis deux minutes. La communication passe davantage par son sourire, sa bonne humeur et son humour. Il est coiffeur styliste à Osaka, ville horizontale et verticale, connu pour en autres ses délicieux okonomiyaki. Un plat chauffant sur plaque que certains français appellent « pizza-galette-omelette ». Les enseignes à néons sont tape à l'oeil, mais nous finissons dans un restaurant petit, discret et populaire. Une grand-mère kawaii mais pas tellement happy nous accueille à sa manière, en râlant un peu mais la bonté se lit dans ses yeux. A vrai dire, les clients sont plus là pour l'ambiance de ce restaurant tenu depuis une éternité par la même famille que pour le contenu de l'assiette.


Voilà que Yuki passe de l'autre côté du comptoir sortant des ingrédients du réfrigérateur, et le voici à prêt à cuisiner… un tonpeiyuki tonpeiyaki, quelque chose entre les yakisoba et les okonomiyaki. La pièce de théâtre peut commencer, il joue le rôle du cuistot à fond manipulant les ustensiles avec précision et se confondant en excuses pour mamie obachan qui le gronde… avec amour. Voici la recette du tonpeiyaki qui ne demandent que quelques minutes et quelques ingrédients.


Ingrédients :

- fine côte de porc
- 2 ou 3 œufs
- sauce okonomi (vous pouvez l'acheter dans une épicerie japonaise ou sur internet)
- poivre


Au Japon, le tonpeiyaki se cuisine sur plaque chauffante, mais vous pouvez très bien le réaliser dans une poêle bien chaude. Commencez par faire griller une fine tranche de côte de porc. Et comme le nom de ce plat l'indique (TON : porc, PEI : plat, YAKI : griller), grillez et aplatissez la côte de porc à l'aide d'une spatule. Laissez la viande et cuire et pendant ce temps battez les œufs en omelette. Recouvrez la côte de porc avec les œufs battus. A retourner quelques fois de chaque côté. Poivrez et recouvrer le tout de la sauce okonomi, qui a un petit goût sucré. Le tonpeiyaki fumant est prêt à déguster avec une bière bien fraiche. Oishii ! Atchii ! C'est bon mais c'est chaud ! Il se fait tard, laissons mamie obachan faire un petit somme devant la télé.


Naru a grandit à Moriya, au Nord de Tokyo, et après plusieurs années passées à l'étranger, le voici de retour dans sa ville natale. Dépaysement complet après la mégalopole tout en hauteur, les maisons traditionnelles et spacieuses sont entourées de potagers, d'arbres fruitiers et de rizières. Naru, sorti d'une formation artistique, partage la subtile cuisine nippone à Genève, en Allemagne et au Danemark, il souhaite conserver le maximum d'authenticité tout en s'adaptant aux produits disponibles ainsi qu'aux palais européens. Il est designer d'espace mais aussi créateur de saveurs, les restaurateurs font appel à son savoir et à son inventivité pour ouvrir de prestigieux restaurants.


Depuis plusieurs dizaines d'années, les produits industriels anéantissent la fabrication artisanale, même la grand-mère de Naru a fini par acheter du shoyu (sauce soja) industriel « car ça a meilleur goût ». Le problème étant la composition de ces produits et leur impact sur l'environnement et notre santé. Ses parents étant très occupés par le monde du travail, Naru a grandi avec des plats préparés et a décidé il y a quelques années de changer sa manière de s'alimenter. Comme sa grand-mère le faisait, il se met à préparer de façon artisanale du miso, du mirin, de l'umeboshi, mais aussi des produits de beauté, le tout avec les produits frais des voisins (riz, prunes, soja, thé vert...). Un retour à la nature, là où il a grandit.

Aujourd'hui, il nous propose un plat très apprécié dans tout le Japon, le sukiyaki. Ce plat populaire existe depuis plusieurs centaines d'années, il réjouit les papilles et réchauffe les coeurs.


Ingrédients:

- chou chinois
- très fines tranches de bœuf
- tofu soyeux
- champignons maitake (difficile d'en trouver en France, des champignons shiitake feront l'affaire)
- riz japonais (koshi hikari)
- men-tsuyu (une sauce composée de soja et de bouillon, vous pouvez l'acheter dans toute épicerie japonaise)
- sucre en poudre
- sel
- 2 œufs frais par personne

Ustensiles:

- nabe (marmite en fonte)
- machine permettant de garder le nabe bien au chaud


Commençons par laver le riz japonais dans de l'eau, répéter l'opération trois fois ou plus jusqu'à ce que l'eau parfaitement claire.
Naru cuit le riz dans une casserole ancienne en fonte, ce qui demande beaucoup de temps et d'attention mais un autocuiseur fera l'affaire.
Réservez un tiers des ingrédients suivants (choux chinois, tofu, champignons, boeuf) après préparation pour la suite du diner.
Laver les légumes puis les couper en morceaux.
Faites bouillir une petite quantité d'eau dans un nabe (une sorte de marmite en fonte large et peu profonde) puis y laisser mijoter le choux chinois. Ajouter environ 3 cuillère à soupe de sauce men-tsuyu, mais le mieux reste de doser au feeling et de goûter. Couvrir la marmite, et laisser la travailler à feu moyen.
Au tour des champignons japonais (maitake ou shiitake) de rejoindre le bain bouillonnant.
Ajouter une cuillère à café de sucre en poudre.
Couper le tofu soyeux en cube réguliers, puis le faire cuire dans le bouillon.
Saler légèrement les fines tranches de bœuf et plongez les dans la marmite. Au Japon, la viande rouge est extrêmement appétissante car elle ne dégorge jamais de sang, les bouchers laissant la viande suspendue quelques jours.
Laissez tout ceci travailler à feux doux et pendant ce temps dressons la table.
Une machine électrique permet de garder bien au chaud le hotpot.
Arrangez le choux chinois, les champignons et le tofu dans une assiette, les tranches de bœuf dans un récipient, ainsi que les œufs frais . Vous pouvez ajouter ces ingrédients au fur et à mesure du repas. Servez le riz dans des bols.
Cassez un œuf frais par personne dans un petit bol et plongez y ce que vous voulez!
Ce plat s'accompagne parfaitement avec un bon sake. Itadakimasu!

Le traditionnel sukiyaki de Naru

samedi 16 mai 2015


Naru a grandit à Moriya, au Nord de Tokyo, et après plusieurs années passées à l'étranger, le voici de retour dans sa ville natale. Dépaysement complet après la mégalopole tout en hauteur, les maisons traditionnelles et spacieuses sont entourées de potagers, d'arbres fruitiers et de rizières. Naru, sorti d'une formation artistique, partage la subtile cuisine nippone à Genève, en Allemagne et au Danemark, il souhaite conserver le maximum d'authenticité tout en s'adaptant aux produits disponibles ainsi qu'aux palais européens. Il est designer d'espace mais aussi créateur de saveurs, les restaurateurs font appel à son savoir et à son inventivité pour ouvrir de prestigieux restaurants.


Depuis plusieurs dizaines d'années, les produits industriels anéantissent la fabrication artisanale, même la grand-mère de Naru a fini par acheter du shoyu (sauce soja) industriel « car ça a meilleur goût ». Le problème étant la composition de ces produits et leur impact sur l'environnement et notre santé. Ses parents étant très occupés par le monde du travail, Naru a grandi avec des plats préparés et a décidé il y a quelques années de changer sa manière de s'alimenter. Comme sa grand-mère le faisait, il se met à préparer de façon artisanale du miso, du mirin, de l'umeboshi, mais aussi des produits de beauté, le tout avec les produits frais des voisins (riz, prunes, soja, thé vert...). Un retour à la nature, là où il a grandit.

Aujourd'hui, il nous propose un plat très apprécié dans tout le Japon, le sukiyaki. Ce plat populaire existe depuis plusieurs centaines d'années, il réjouit les papilles et réchauffe les coeurs.


Ingrédients:

- chou chinois
- très fines tranches de bœuf
- tofu soyeux
- champignons maitake (difficile d'en trouver en France, des champignons shiitake feront l'affaire)
- riz japonais (koshi hikari)
- men-tsuyu (une sauce composée de soja et de bouillon, vous pouvez l'acheter dans toute épicerie japonaise)
- sucre en poudre
- sel
- 2 œufs frais par personne

Ustensiles:

- nabe (marmite en fonte)
- machine permettant de garder le nabe bien au chaud


Commençons par laver le riz japonais dans de l'eau, répéter l'opération trois fois ou plus jusqu'à ce que l'eau parfaitement claire.
Naru cuit le riz dans une casserole ancienne en fonte, ce qui demande beaucoup de temps et d'attention mais un autocuiseur fera l'affaire.
Réservez un tiers des ingrédients suivants (choux chinois, tofu, champignons, boeuf) après préparation pour la suite du diner.
Laver les légumes puis les couper en morceaux.
Faites bouillir une petite quantité d'eau dans un nabe (une sorte de marmite en fonte large et peu profonde) puis y laisser mijoter le choux chinois. Ajouter environ 3 cuillère à soupe de sauce men-tsuyu, mais le mieux reste de doser au feeling et de goûter. Couvrir la marmite, et laisser la travailler à feu moyen.
Au tour des champignons japonais (maitake ou shiitake) de rejoindre le bain bouillonnant.
Ajouter une cuillère à café de sucre en poudre.
Couper le tofu soyeux en cube réguliers, puis le faire cuire dans le bouillon.
Saler légèrement les fines tranches de bœuf et plongez les dans la marmite. Au Japon, la viande rouge est extrêmement appétissante car elle ne dégorge jamais de sang, les bouchers laissant la viande suspendue quelques jours.
Laissez tout ceci travailler à feux doux et pendant ce temps dressons la table.
Une machine électrique permet de garder bien au chaud le hotpot.
Arrangez le choux chinois, les champignons et le tofu dans une assiette, les tranches de bœuf dans un récipient, ainsi que les œufs frais . Vous pouvez ajouter ces ingrédients au fur et à mesure du repas. Servez le riz dans des bols.
Cassez un œuf frais par personne dans un petit bol et plongez y ce que vous voulez!
Ce plat s'accompagne parfaitement avec un bon sake. Itadakimasu!

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